Vers une uberisation du marché de l’emploi ?

"Les initiatives numériques facilitent la tâche des bureaux d’intérim" (Jeroen D'Haeze, gérant d’un bar à vin à Gand).

Uber ou Tinder pour trouver un job : voilà comment vous pourriez décrire les initiatives et les applications récemment lancées par des agences de recrutement et de sélection comme Accent. Patrons et demandeurs d'emploi se trouvent les uns les autres et se donnent des notes. Il s’agit d’un canal intéressant pour le marché de l’emploi et cela permet d’atteindre de nouveaux publics.

"Lorsque j'organise une dégustation, j'ai besoin de plus de personnel", explique Jeroen D'Haeze qui a ouvert un bar à vins avec son père à Gand. "En heure de pointe, nous devons travailler avec au moins cinq personnes", poursuit-il. Jeroen est l'un des premiers utilisateurs de Nowjobs, la nouvelle application de recrutement et de sélection lancée par Accent.

Cet outil se concentre d'une part sur toute personne souhaitant rapidement gagner un peu d’argent et, d’autre part, sur l’horeca et le secteur du retail qui doivent souvent faire face à des pénuries de personnel intérimaire. Jeroen a pu engager Sebastiaan comme serveur via cette application. "Le restaurant où je travaillais fermait pendant une semaine et je cherchais du travail à ce moment-là. Grâce à Nowjobs, j’ai trouvé un emploi sans même devoir me déplacer", explique Sebastiaan.

Marché du travail flexible

Nowjobs se concentre sur les personnes qui se trouvent entre deux emplois, mais surtout sur les jeunes étudiants et indépendants. "Dans bien des cas, ils ont 'immédiatement' besoin d'argent pour acheter des billets de concert, réserver un voyage en dernière minute ou encore se divertir", déclare Peter Ingelbrecht, directeur général du projet Nowjobs chez Accent. "Notre application leur permet de parcourir rapidement les offres d’emploi temporaires et de trouver du travail dans le courant de la journée."

A l’aide de cet outil, Accent souhaite, selon ses propres dires, anticiper la flexibilité de plus en plus présente sur le marché du travail. En effet, bon nombre de jeunes combinent leurs études avec des emplois temporaires. Rien qu’au cours du quatrième trimestre de l’année 2016, 245.000 étudiants travaillaient en Belgique. D’un point de vue légal, ils peuvent désormais prester 475 heures par an. De plus, selon le Service Public Fédéral Economie, 185.000 personnes avaient plus d'un emploi et 20.000 travailleurs avaient un 'flexijob’. D'après Accent, ce nombre devrait augmenter à 80.000 cette année.

Uber de l'emploi

Accent a lancé une phase test de Nowjobs en avril à Gand mais son but est de conquérir rapidement l’ensemble de la Belgique. Avant cela, Accent avait également développé l’application Swop qui permettait aux demandeurs d'emploi de charger rapidement une selfie et une vidéo et de pianoter parmi une sélection de six mille offres afin de trouver un job. Le fait de passer d’une offre à l’autre sur son smartphone fait penser à l’application Tinder mais à des fins professionnelles. Ici, avec Nowjobs, il s’agirait plutôt d’un service Uber pour le marché de l’emploi. En effet, le bureau de recrutement devient totalement digital et mobile, y compris au niveau des contrats et de la rémunération. Les employeurs effectuent leurs paiement en ligne à l’aide d’une carte de crédit.

Un autre aspect de l'application qui fait penser à Uber est que les employés et les employeurs peuvent s’évaluer les uns les autres. "En tant qu'employeur, ce système vous oblige à évaluer vos employés intérimaires", explique Kristien Cnockaert, nouvelle utilisatrice de Nowjobs et gérante d’un magasin de chaussures pour enfants. La vitesse et la fléxibilité sont les mots clés de l’application. "Au bout d'une heure, j'avais deux candidatures pour mon offre d'emploi et le contrat était en cours de négociation avec le bureau de recrutement", témoigne-t-elle. L'application prévoit notamment la possibilité de créer immédiatement un contrat et de faire en sorte que les prestations soient rémunérés dans le jour qui suit."

Concurrents

Les initiatives comme Nowjobs illustrent parfaitement la tendance que prendra le marché du recrutement : digital et mobile. Même si une entreprisse comme Accent compte trois cents bureaux physiques et que le contact avec les candidats y est très important, elle continuera à mettre en œuvre des initiatives numériques.

Ses concurrents, comme par exemple Randstad, Manpower et T-interim, ne restent pas les bras croisés à ne rien faire. En effet, l’application Ploy a récemment été lancée à Anvers. Ici aussi, l’horeca est principalement concerné par cette initiative. "Jusqu'à récemment, en tant que société de recrutement, nous n’étions pas vraiment actif dans l’horeca", explique-t-on chez Randstad, l’entreprise qui se cache derrière Ploy. Cette application utilise aussi un système de notation où les employeurs et le personnel peuvent s’évaluer les uns les autres.

Nouveaux marchés

En plus de proposer de nombreux défis, la création mobile et numérique ouvre de nouveaux marchés. Il est frappant de constater que bon nombre des nouveaux utilisateurs d'applications ne sont pas clients d’autres bureaux classiques de recrutement. "En fait, je n'avais jamais fait appel à une agence d'intérim", précise Jeroen, le gérant du bar à vins. "Ces initiatives numériques nous facilitent la tâche mais également celle des étudiants qui viennent travailler chez nous."

(eh/jy) 

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27/06/2017