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Deuil au travail : plus de compréhension de la part des employeurs ?

17 janvier 2020
Lorsqu’un travailleur retourne au travail après le décès d'un parent, d'un(e) conjoint(e) ou d'un enfant, son employeur ne sait souvent pas quoi lui dire et les malaises sont fréquents. La loi est également trop 'sévère' pour les personnes endeuillées et ne propose que quelques jours de congé. N’est-il pas possible d’améliorer les choses ?

Rozette Reyskens est retournée travailler une semaine après les funérailles de sa fille Jolijn. Son manager, un cardiologue, l'a encouragée à se remettre rapidement au travail car, selon lui, plus vous reportez votre retour, plus il est difficile de reprendre le fil de votre carrière. "Les premiers jours et semaines après mon retour au travail, j'étais une véritable épave. Après deux heures, j’avais l’impression d'avoir couru un marathon. Il m'était difficile de traverser les couloirs et de croiser des connaissances. Beaucoup ne savaient tout simplement pas comment réagir.", poursuit Rozette.

Sa fille est décédée des suites d'un accident de la circulation et elle a ensuite traversé une période très difficile. "La perte d’un proche est impossible à comprendre pour les personnes qui n'ont pas vécu une telle situation. Cela vous change en tant que personne et impacte vos relations avec les autres. Avant ce jour fatal, on me connaissait au travail comme une collaboratrice heureuse qui apportait de la joie de vivre au bureau. Je n'y suis plus parvenue par la suite et, par conséquent, mes collègues ne savaient plus comment se comporter avec moi."

De bons psychologues peuvent être d’une aide précieuse

Suite à une carrière de plus de quarante ans, Rozette sait exactement en quoi consistent des soins de qualité. En tant qu'infirmière en chef, elle a contribué à façonner le nouveau service d'insuffisance cardiaque de l'hôpital Limbourg Ouest. À ce titre, elle a également été le premier point de contact des patients pendant de nombreuses années. "Sortez vos capteurs, écoutez ce que disent les patients et, surtout, ne courez pas trop vite d'une pièce à l'autre. Même si je suis maintenant à la retraite, je repense régulièrement aux conversations que j'ai eues avec eux. Celles-ci portaient souvent sur la vie ou la mort. Ils me racontaient leur histoire et j’étais à leur écoute. Cela m'a donné une grande satisfaction de pouvoir faire quelque chose pour eux à un moment difficile de leur vie."

Elle a discuté de son expérience douloureuse avec la direction de l'hôpital afin de rendre la réintégration des collègues après une période de deuil plus humaine. De mesures ont finalement été adoptées et les collègues du service des urgences où travaillait Rosette bénéficient désormais de trois sessions gratuites chez un psychologue en cas de décès d’un proche ou d’expérience traumatisante. Le manager joue un rôle important dans la création d'une relation de confiance avec l'employé et, si nécessaire, dans la mise en place de procédures spécifiques. Selon Rozette, la question clé est et reste la suivante : 'Pouvons-nous faire quelque chose pour vous ?'. Il s’avère toutefois difficile de réparer les dégâts et l’Etat ne se montre pas toujours très coopérant.

Seulement 3 jours de congé...

En Belgique, lorsqu'un(e) conjoint(e), un enfant ou un parent décède, les employés n'ont droit qu'à trois jours de congé appelés 'congé de circonstance'. "Ce n'est généralement pas suffisant pour organiser les funérailles d’un proche et pour gérer la paperasse administrative suivant le décès", explique Ellen Ruys de l'association des Parents d’Enfants Victimes de la Route (PEVR). "Peu importe que vous soyez émotionnellement prêt à retourner au travail, il s’avère que, dans la pratique, de nombreuses personnes sont obligées de prendre un congé maladie parce qu’elles n’ont pas eu suffisamment de temps pour faire leur deuil."

Au fil des ans, diverses propositions ont été soumises à la Chambre. La première date du début des années 2000 mais, depuis lors, les choses n’ont guère évolué. En 2014, Nahima Lanjri (CD&V) a soumis une proposition selon laquelle les employés ayant perdu un enfant ou un(e) conjoint(e) devraient bénéficier de dix jours de 'congé de deuil' dont cinq pourraient être pris librement dans l'année suivant le décès.

"En fait, toutes les parties sont d'accord", explique Lanjri. "Plusieurs discussions ont eu lieu à la Chambre mais, malheureusement, il y a toujours eu quelque chose qui empêchait les votes. Un avis négatif des partenaires sociaux ont encore le contexte budgétaire ont entraîné confusions et désaccords. Ces barrières ont désormais disparu et j'espère que les choses changeront d’ici peu. Il est grand temps de faire une distinction entre deuil et maladie."

Le congé de deuil n'existe pas en Belgique

"Le 'congé de deuil' en tant que tel n'existe pas dans la législation actuelle du travail en Belgique. En revanche, les travailleurs bénéficient d’un 'congé de circonstance'. En cas de décès du conjoint, de l'enfant ou d’un des parents d’un employé, celui-ci a droit à trois jours de congés payés. Pour un frère, une sœur, une grand-mère ou un grand-père ou un petit-enfant, le travailleur bénéficie de deux jours d’absence si la personne décédée vivait en sa compagnie. Dans le cas contraire, l’absence le jour des funérailles est payée par l'employeur. Les secteurs ou les entreprises peuvent étendre ce droit mais, dans la pratique, cela ne se produit pas souvent", explique Geert Vermeir, employé au centre de connaissances de SD Worx.

"Une extension légale ou réglementaire du droit à un 'petit congé' en cas de décès à un 'congé de deuil' plus long a été discutée auparavant. Le problème se situe principalement au niveau du budget. Bien que les représentants des employeurs ne soient bien évidemment pas insensibles à l'aspect humain, ils s'opposent à une augmentation des coûts salariaux. Ils insistent également sur une évaluation approfondie des systèmes de congé existants. L'option d'une prestation sociale pour un congé de deuil plus large entraînerait également une augmentation des dépenses de sécurité sociale."

Mais certaines entreprises le font...

Le prestataire de services RH SD Worx n’a pas attendu de nouvelle législation et a pris ses propres mesures en interne. Les employés endeuillés peuvent communiquer la manière dont ils souhaitent surmonter leur deuil, combien de temps ils ont besoin avant de revenir travailler, quelles mesures peuvent faciliter leur retour et s'ils souhaitent bénéficier de conseils psychologiques.

"Nous n’avons pas élaboré un protocole de deuil spécifique pour nos employés", explique Cathy Geerts, directrice des ressources humaines de SD Worx Belgique. "Cette approche centrée sur l'humain est un élément central dans notre politique RH. Nous attachons également une grande importance à l'autonomie. Nous aimons laisser les employés décider eux-mêmes comment ils veulent travailler. Nous fournissons les instruments, mesurons les résultats et nos employés déterminent la manière dont ils abordent leur quotidien avec leurs managers."

"Nous autorisons le télétravail, proposons des horaires flexibles et sommes relativement souples en matière de prise de congé. Ces dispositions permettent à nos collaborateurs de faire face à toutes sortes de situations, y compris la perte d’un proche. Si un employé juge ces mesures insuffisantes, nous examinons son cas individuellement."

(mr/eh)

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