50 ans et licencié… Est-ce cela ‘être vieux’ ?

"Soudain, vous devenez un ‘vieux’, et devez reconquérir votre place sur le marché de l’emploi." (Sabine D'hoedt, Ascento)

Vous avez 52 ans et encore plein d’ambition et, soudain, vous êtes mis de côté. Voilà une situation difficile à digérer. "Je me suis permis une courte pause et commençais alors à penser à mes futurs projets. Comment faire à présent pour me remettre en course ?"

"J’ai eu un souci au mauvais moment et occupais un poste inapproprié", soupire Sabine D’hoedt, qui garde toujours des souvenirs pénibles de son licenciement survenu l'année passée. "Je travaillais depuis 25 ans chez Randstad lorsque j’ai décidé d'accepter une nouvelle fonction. La plus-value de celle-ci ne m’était pas encore très claire. C'est à ce moment-là que survint une réorganisation, et il semblait que je ne collais plus à la structure. Au début, j’avais du mal à y croire. Mais c'est là que je me suis senti comme 'vieille' et qu'il me fallait reconquérir ma place sur le marché du travail."

Se regarder dans le miroir

Dans son avant-dernière fonction, Sabine D’hoedt s’est principalement spécialisée en outplacement. "Je peux désormais appliquer ce que j’ai transmis à d’autres personnes des années durant. Je dois me regarder dans le miroir : dans quels domaines suis-je compétente, quelles sont mes passions, quelles compétences ai-je envie de développer, comment me positionner sur le marché, quels sont mes besoins financiers actuels ?"


En fonction de son âge, la spécialiste RH estime avoir plus de chances avec un statut d'indépendante. "Pensant pouvoir mener des projets pour différentes entreprises, je me suis mise à chercher un nom, ai fait imprimer mes cartes de visite et me suis préparé à une vie de consultante en outplacement, accompagnement de carrière et gestion du changement."


Pour Sabine D’hoedt, la tâche ne fut en fin de compte pas si difficile, il s’agissait de contourner les obstacles sur lesquels elle avait déjà éveillé l’attention des autres. "Vous devez savoir ce que vous valez. Une fois vos qualités identifiées, vous les mentionnez sur votre CV, sur les media sociaux et en rendez-vous. Tout l’art est de ne pas vous présenter comme si vous étiez sorti de la cuisse de Jupiter, mais il ne faut pas être trop modeste non plus.Nombreux sont les candidats commettant cette erreur."


"En effet, certaines personnes ne sont pas très douées en ‘personal branding’, et c’est pourtant la clé de la réussite de l’outplacement. Vous libérer de votre ancien environnement de travail, savoir ce que vous voulez et ce dont vous êtes capable, et enfin rayonner. Dans une période d’insécurité, c’est bien évidemment plus facile à dire qu’à faire. C’est une des raisons pour lesquelles il est si valorisant d’accompagner les individus dans ce contexte."

Nouvelle formation

Le moment qui suivit le licenciement de Sabine D’hoedt correspondait à la période de blocus de ses quatre enfants. "J’ai pu prendre du repos, cela m’a fait du bien. L’équilibre entre mon travail et ma vie privée a toujours été crucial pour moi." Mais ce n’est pas en mijotant des petits plats que l'on se construit une nouvelle carrière. C'est pourquoi elle décida de s’inscrire à un post graduat en recrutement et sélection à la Lessius Hogeschool (actuellement Thomas More) à Anvers. "Certes, je connaissais déjà ces domaines, mais il me fallait encore les approfondir."


Reprendre des cours pendant une période d’inactivité professionnelle est une très bonne idée, estime la spécialiste en HR. Vous vous forcez à sortir de chez vous, à ne pas rester paralysé par votre échec, vous apprenez de nouvelles choses, élargissez votre réseau et montrez aux employeurs potentiels que vous restez en mouvement.

Le A d’Ascento

En fin de compte, Sabine D’hoedt ne dut même pas recourir au statut d’indépendant. En mars, elle commença à prospecter : "Vous parlez tout d'abord à votre réseau. Ensuite, vous dressez une liste alphabétique des entreprises au sein desquelles vos prévoyez de postuler. J’y avais mentionné la société Ascento, étant donné que j'avais déjà collaboré avec celle-ci dans le cadre d’une mission d’outplacement. Je m’inquiétais cependant de savoir à quelle personne au sein de l’organisation je pourrais proposer mes services de consultante freelance, et j’appris alors que le bureau de Berchem cherchait un business unit manager. Je postulai et fis mouche directement. J’y travaille actuellement depuis le mois d'avril et y organise l’activité générale tout en pilotant les six consultants fixes et les forces administratives, sans oublier la coordination de diverses missions."


Son âge a-t-il été un élément bloquant lors du recrutement ? "Non, et j’en suis très contente. J’avais de l’expérience dans la gestion des talents, une des spécialités d’Ascento. J’ai ensuite pu approfondir les domaines du management, de la business excellence, du déploiement des bureaux et des nouvelles activités. En tant que travailleur ‘plus âgée’, j’apporte ma maturité et mon calme. A mon âge, vous savez comment positionner les choses et êtes également moins impulsive." La flexibilité est même un atout. "Mes enfants étant actuellement plus grands, ils ne sont à la maison que le week-end. J’ai dès lors plus de temps disponible la semaine et plus de marge de manœuvre. Je désire être disponible pour eux à partir de vendredi soir. C'est ainsi que, pour l’instant, je ne travaille pas le vendredi après-midi. J’apprécie énormément cette opportunité qui m'est offerte."

Mettre en lumière ses points forts

Se montrer flexible et réaliste au niveau des attentes, tant pour l’entreprise que pour le candidat, est la base, selon Sabine D’hoedt, pour toute personne voulant atteindre le succès tout en prenant pleinement conscience des différentes tranches d'âge. "Les entreprises ne se basent pas assez sur les points forts des seniors. Créer les bonnes conditions, sur base d’un accord mutuel, est un must. Les candidats plus âgés doivent de leur côté être conscients de leurs qualités. Etre vieux, cela se passe surtout dans la tête."


Le salaire et les attentes financières sont également un point sensible. "Il n’est pas insensé de se demander si, en tant que quinquagénaire, nous valons réellement 2000 euros de plus qu’un candidat 15 ans plus jeune que nous. La plupart des seniors se repositionnant sur le marché du travail ont reçu une indemnité de licenciement de leur ancien employeur. Celle-ci a pour but de donner un peu d’air afin que ceux-ci puissent être capables de survivre financièrement tout en réfléchissant à leur carrière. Ce que j'ai également fait."

Gagner la confiance

En ce moment, dans sa nouvelle fonction chez Ascento, Sabine D’hoedt remet de l’ordre dans certaines affaires . "Les premiers mois sont très importants. Je les ai vécus avec intensité. Il vous faut arriver à l’essentiel, conclure de nouvelles alliances, tant internes qu'externes, parvenir à gagner la confiance et pouvoir obtenir des résultats positifs. Mon leadership de coach m’y aida naturellement. J’aime me baser sur la connaissance détenue par les consultants, et j’estime également qu'il est important d’apprendre à bien connaître mes collaborateurs sur le plan personnel. Cela m’aide à cerner leur motivation et leur comportement au travail."


(EH) (SC) Photo : (wm) – Source : MARK Magazine 

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06/01/2015