Le travail en 5 shifts peut-il nous garder actifs et en bonne santé plus longtemps ?

"La disparition des jours RTT (système de jours de repos compensatoires dans le cadre de la réduction du temps de travail) donne aux travailleurs le sentiment d’avoir moins de vacances ou qu’ils sont moins en mesure de choisir les jours où ils veulent être en congé." (Luk Berlanger du bureau de conseil Déhora)

Une redistribution du temps de travail en un système de 5 shifts peut aider le Belge à rester actif plus longtemps et en meilleure santé. C’est ce que prétend Luk Berlanger du bureau conseil Déhora. "Cependant, il y a aussi des inconvénients qui y sont associés, tant pour l’employeur que pour les travailleurs."

Le travail en équipe est utilisé dans les entreprises où la production ne peut être interrompue, ou du moins un minimum. De telles entreprises organisent le travail en trois ou quatre équipes. Un système de shifts reste une exception en Belgique, contrairement aux Pays-Bas.


"Ils existent bel et bien", entame Luk Berlanger qui est en charge de définir les horaires de travail pour les entreprises. "Nous avons de plus en plus de demandes allant dans ce sens. Le discours au sujet du fait de 'travailler plus longtemps' ne laisse personne indifférent. Rester actif jusqu’à ses 67 ans ne colle pas souvent avec le mode de travail actuel."


Pourtant, dans notre pays, les employeurs ne font pas étalage de leurs intentions de passer à un système en 5 shifts. "Cela fait naturellement partie de la concertation sociale et c’est donc une thématique sensible. Mais ce système en 5 shifts a aussi quelques impacts que les travailleurs et les employeurs estiment désavantageux, du moins sur le court terme", explique Luk Berlanger.

Moins de jours RTT

Le système grignote sur les jours RTT des travailleurs. Dans un système de quatre shifts, un travailleur preste environ 42 heures tandis qu’une semaine de travail classique dure 37 à 38 heures. Il a donc droit à une série de congés RTT. Dans certains secteurs, le nombre de jours de congés, y compris les RTT, s’élève à 60 jours par an pour le travail en équipe.


Dans un système en 5 shifts, une semaine de travail ne compte que 34 heures. C’est donc moins que ce qui est prévu contractuellement. Les jours restants sont remplis par de la formation, le remplacement de collègues absents ou le renfort au pied levé lors des pics de production. "La suppression des jours RTT donne aux travailleurs le sentiment qu’ils ont moins de jours de congé, ou qu’ils peuvent moins choisir quand ils veulent se libérer. Le premier n’est pas correct, le second bien", précise Luk Berlanger.

Surcoût

Pour les employeurs, le passage au travail en 5 shifts signifierait à court terme un surcoût de 7 à 10% s’ils réduisaient le temps de travail contractuel. Sans quoi, le surcoût potentiel sera répercuté dans la composition adaptée des équipes. "Les travailleurs doivent être répartis en cinq équipes et les employeurs doivent veiller à ce que chacune d'entre elles dispose des compétences nécessaires."


A long terme, le système s’autofinancera et l’absence pour cause de maladie diminuera. L’horaire allégé est meilleur pour la santé des travailleurs. Pensons aux dégâts sur la santé du travail de nuit qui se manifestent principalement dès l’âge de 45 ans. De nombreuses études ont été menées à ce sujet. Un système d’équipes adapté peut éviter de nombreux dommages."

Moins de dégâts physiques

Aux Pays-Bas, les organisations professionnelles ambitionnent depuis fin des années 70 l’instauration du système de travail en 5 équipes. Ce changement de mentalité provient principalement des effets nocifs du travail de nuit sur la santé. Aux Pays-Bas, un travail de nuit fixe est d’ailleurs interdit par la loi.


British Petroleum (BP) est la première entreprise néerlandaise à être passée au système en 5 shifts à la fin des années 70. Ben Jansen, à présent CEO de Déhora Nederland, était alors le psychologue spécialisé en organisation du travail qui a accompagné BP dans cette transition. "Les résultats furent positifs. Les travailleurs se plaignaient moins de douleurs physiques."


Il ne comprend pas que les Belges aient une préférence pour des shifts de douze heures. "L’argumentation derrière ? Prester moins de jours serait plus favorable à la vie sociale. On met vite de côté que cet horaire soit moins bon pour la santé qu’une journée normale de 8 heures, surtout à un âge avancé. Aux Pays-Bas, travailler 12 heures d'affilée est interdit par la loi.


La législation belge explique notamment que les systèmes en 5 shifts ne soient pas encore adoptés. En effet, pour les employeurs, adapter les horaires est toute une histoire. Et les partenaires sociaux adoptent une position relativement prudente à l’égard de tels changements.


En conclusion, selon Luk Berlanger, "L’horaire idéal n’existe pas. Il est à chaque fois question de travail sur mesure. Cependant, il faut tenir compte de l'idée 'travailler plus longtemps et en meilleure santé', cela ne fait de mal à personne."


(EH) (SC) 

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12/06/2015