Pourquoi vaut-il parfois mieux être bon que parfait ?

Il y a de fortes chances que vous apparteniez à la catégorie des perfectionnistes, et que cela vous demande sans doute pas mal d’énergie. Il se peut également que votre plaisir au travail ait à en pâtir, n’est-ce pas ?

"Mon supérieur veut que je sois plus productif. Il me reproche de passer trop de temps sur un seul et même dossier à vérifier, vérifier et encore vérifier tout ce que je fais." Jos, Manager en logistique, se sent incompris.


Il n’est visiblement pas d’accord avec les critiques qui lui furent formulées lors de son dernier entretien d'évaluation. "Ce travail doit tout de même être effectué de manière correcte ? Je ne peux pas le considérer achevé tant qu’il n’est pas parfaitement en ordre. C’est le client qui risque d’en pâtir."


Il vous arrive également de vivre cela ? Vos collègues ou vos chefs ne comprennent pas pourquoi vous êtes si sévère avec la qualité de votre travail ? Vous consacrez bien trop de temps aux cinq derniers pourcents qui finalisent votre dossier ?

Le perfectionnisme nous pousse à reporter

La perte d’énergie n’est pas le seul inconvénient du perfectionnisme. Avant de livrer quelque chose, on effectue quatre types de contrôles. Si le travail est livré... Il arrive parfois qu'il traîne, inachevé, sur la table du collaborateur. Bien sûr, on attend de vous que vous fournissiez du bon travail. Mais cela serait d'autant plus chouette si vous étiez récompensé pour vos efforts. Vous l’avez déjà constaté à plusieurs reprises, ce n’est pas toujours le cas. Votre collègue aura vite fait de rassembler quelques mots clés pour remplir un rapport d’une page A4 et recevoir les compliments du jury pour sa flexibilité et sa rapidité.

Steve Jobs

Si vous voulez disposer de temps supplémentaire, démarcher de nouveaux clients ou davantage de projets intéressants, la première règle à ignorer est que tout doit absolument être parfait. Vous ne deviendrez jamais plus efficace en restant perfectionniste.


Cependant, notre culture loue le perfectionnisme. Le côté maniaque affiché par Steve Jobs dans sa quête des oreillettes parfaites pour l’iPod a par exemple été applaudi. Le perfectionnisme a de bons côtés lorsque nous nous contentons de l’utiliser à bon escient et uniquement quand c’est nécessaire.

La faute de votre cerveau

Doser son degré de perfectionnisme n’est pas chose aisée. Nous sommes les esclaves de notre cerveau à chaque fois que nous remettons une couche à cette offre, à cette lettre ou dans cette mission spécifique. En effet, votre recherche effrénée de qualité n’est rien d’autre qu’un réflexe provenant de votre cerveau. Celui-ci aime la simplicité : s’il n’est pas encore tout à fait sûr de la qualité d'un dossier, il veillera à ce que vous vous sentiez mal à l’aise avec son état actuel.


D’où cela provient-il ? Quand vous étiez petit, on vous a conditionné à penser : 'Si je me comporte ainsi ou si je fais de mon mieux, je serai apprécié. Si, en revanche, je me trompe dans quelque chose ou agis différemment des autres, je risque alors d'avoir des problèmes. Votre cerveau conserve soigneusement ces données. A chaque fois qu'un membre de votre famille, une institutrice ou un professeur vous met en valeur pour vos bonnes prestations, vous enregistrez ce moment. C’est ainsi que votre cerveau en apprend toujours davantage au travers de tout ce que vous vivez et expérimentez.


Que fait votre cerveau là maintenant, en 2015 ? De manière involontaire, il vous tient en otage et vous enferme dans un cercle vicieux autour de l’idée fixe qu’il faut toujours travailler plus.


Il n’a en effet aucune notion de ce que vous comprenez précisément par 'parfait'. Dès lors, il vous pousse à continuer jusqu’à ce que vous ayez tout fait pour mériter un 10/10 et à ce que vous n’ayez plus rien laissé au hasard.

En quête d’excellence

En 1982, Tom Peters écrivit l'œuvre "En quête d’excellence", un best-seller vendu à plusieurs millions d’exemplaires. Le titre n'était pas "En quête de perfection". En effet, Peeters sait que la perfection existe mais qu’elle est inaccessible. Si vous avez déjà vu une de ses présentations, vous saurez que ses slides sont loin d’être parfaits.


Lorsque vous avez le perfectionnisme dans la peau, vous pouvez développer des stratégies vous contraignant à rester dans les limites de l’acceptable, afin que cette 'qualité' vous aide plutôt que ne vous desserve.

Pourquoi vaut-il parfois mieux être bon que parfait ?

1. Déterminez la dernière ligne droite

Toute tâche ou projet nécessite d'y mettre un point final à un moment donné. Plus clairement vous définissez quand vous devez en avoir atteint la fin, plus vous vous arrêterez facilement. En tant que perfectionniste, vous en aurez besoin. Autrement, vous continuerez éternellement à peaufiner vos dossiers. Ce ne sont pas les dernières améliorations qui vont apporter une réelle plus-value au projet. Elles ne font que vous coûter des ressources supplémentaires.

2. Evaluez ce que vous coûte le perfectionnisme

Pensez notamment à :

  • votre temps : combien d’heures investissez-vous sans engendrer de plus-value ?
  • vos délais : combien de temps supplémentaire faites-vous patienter le donneur d’ordre avant de lui remettre votre projet ?
  • que faites-vous traîner en travaillant encore à un projet sans que cela ne rapporte quelque chose ?
  • le perfectionnisme ronge votre plaisir au travail. Rien n’est jamais assez bon. La joie au travail est inestimable.

3. Sachez que vous ne devez pas tout traiter de la même façon

On vous a fait croire que tout le monde et toutes les tâches méritaient le même traitement ? C’est un mensonge. Equitable serait un terme plus approprié. Cela ne signifie pas que nous devons traiter tout le monde et tous les dossiers de la même façon, que du contraire.


Considérer un client fidèle et un nouveau venu de la même façon vous coûtera en termes de coûts ainsi qu'en heures de travail, or celles-ci sont limitées. Le client fidèle vous connaît et a besoin de moins d’information. Vos efforts pour le fidéliser seront moindres mais rapporteront plus.

4. Exercez-vous à vous tromper

Faites des tests. Certaines expériences ne livreront pas le résultat escompté. Sinon, ce ne seraient pas des expériences. La plus grosse erreur est de ne pas vouloir, pouvoir faire des erreurs. Plus facile à dire qu'à faire, sauf lorsque vous les vivez comme des expériences à part entière, comme par exemple lors de l'apprentissage d’une langue ou quand vous apprenez à rouler à vélo.


Lorsque vous entamez quelque chose de nouveau, il n’est pas anormal que vous commettiez des erreurs. Assumez de temps en temps qu'il peut vous arriver d'être un débutant.

5. Donnez-vous une limite de temps

En vous fixant un timing, vous vous imposez une limite de temps. Votre côté perfectionniste n’a aucune chance contre cela.

6. Perfectionnistes bien connus

Leonardo Da Vinci était un perfectionniste et un procrastinateur notoire. Pouvez-vous imaginer tout ce qu’il aurait pu réaliser en plus s’il avait été moins perfectionniste ? Ayons donc une pensée pour ces grands artistes victimes de leur perfectionnisme.

7. Décidez consciemment ce à quoi vous allez consacrer votre temps cette semaine

Définir le vendredi le planning de votre semaine idéale est une étape importante pour maintenir votre attention et ne donner aucune chance à toute tentative de report.

8. Lisez

Lisez le livre de Steven Pressfield "Do the work". Cet ouvrage sera une source d'inspiration pour venir à bout de votre résistance que vous cachez sous le couvert du perfectionnisme.


(EH) (SC) Avec nos remerciements à Johan D'Haeseleer et Heidi Does pour leurs informations. 

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19/02/2018