Wanted : néerlandophones dans des entreprises bruxelloises

"Les profils néerlandophones ont suffisamment d’opportunités d'emplois dans leur région", Francis Locquet, directeur du service des candidatures chez Megabyte).

Les entreprises bruxelloises ont de plus en plus difficile à recruter des profils néerlandophones, et ce malgré leur environnement international et une rémunération plus élevée que dans d’autres villes de Belgique. Les problèmes de mobilité rendent la capitale peu attrayante en tant qu’environnement de travail. Nous avons discuté avec deux entreprises IT basées à Bruxelles qui cherchent des solutions pour remédier à cette problématique.

La société Megabyte a des bureaux à Bruxelles, Louvain-la-Neuve et Anvers et gère l’informatique et l’infrastructure IT de différentes entreprises. "Pour notre bureau de Bruxelles, nous recherchons actuellement un certain nombre de profils néerlandophones", explique Francis Locquet, directeur du service des candidatures chez Megabyte.

Nous voulons engager des collaborateurs pour notre helpdesk, un consultant ainsi qu’un développeur/ingénieur en technologie Microsoft. "Idéalement, nous devrions trouver des employés bilingues pour ces profils mais, dans la pratique, cela n'est pas facile. Nous attendons des profils néerlandophones qu’il connaissent les bases de la langue française. Sinon, cela leur compliquerait la tâche au quotidien. Pendant la procédure de recrutement, ils sont interrogés par des néerlandophones afin qu’il y ait certaines affinités et qu'ils puissent pleinement s'exprimer lors de l’entretien."

Megabyte joue sur différents canaux dans sa recherche de nouveaux employés, comme par exemple les sites d’emploi ou les chasseurs de têtes. "Dans le passé, nous avons eu des contacts avec des écoles néerlandophones. Cela a porté ses fruits mais demandait énormément d’efforts."

Travail dans leur propre région

Selon Francis Locquet, il y a plusieurs raisons pour lesquelles il est difficile de recruter des profils néerlandophones. "Tout d’abord, la distance joue un rôle non négligeable. Les embouteillages et les longs trajets sont souvent un facteur qui dissuade bon nombre de travailleurs. Nous y répondons par un haut degré de flexibilité. Beaucoup de nos collaborateurs prévoient leurs rendez-vous le matin afin de pas être coincés pendant les heures de pointe."

Ensuite, la conjoncture économique favorable en Flandre y est aussi pour quelque chose. "Les profils néerlandophones ont suffisamment d’opportunités d'emplois dans leur région. Nous souhaitons augmenter notre taux d'employés flamands afin de démarcher des clients, et ce principalement dans le secteur public où la langue est une question sensible. Nous ne perdons pas vraiment les clients mais sommes un peu moins présents sur le marché flamand."

Horaires de travail flexibles

Une histoire similaire est observée au sein de la société informatique Efficy à Evere. Celle-ci est spécialisée en logiciels et services destinés à la gestion des clients et des services. "Nous comptons actuellement une centaine d’employés dont 50 sont actifs dans le bureau de Bruxelles. 40% d’entre eux sont néerlandophones", explique Cédric Pierrard, CEO d’Efficy. "Cette année, nous recherchons une quinzaine de profils néerlandophones. Nous travaillons avec des chasseurs de têtes, de sites d’emploi spécialisés en informatique, le VDAB, etc. Nous offrons à nos employés des horaires flexibles et autorisons le télétravail."

Usine à Gand

Cette année Efficy ouvrira une nouvelle succursale à Gand. "Cela nous permettra de faciliter le recrutement et nous serons plus proches des clients flamands. Nous voulons parler la langue du client. Gand est un endroit idéal, en particulier pour les profils informatiques", explique Cédric Pierrard. "Cette année, nous voulons commencer avec cinq employés pour passer à une vingtaine de collaborateurs par la suite."

Le manque de mobilité est, selon lui, le principal obstacle visant à attirer des employés flamands. "Les gens n’ont pas envie de passer une heure et demi dans les embouteillages. De plus, Bruxelles peut être perçue par certains comme une ville à prédominance francophone mais cela n’est pas vraiment pertinent à nous yeux", conclut Cédric Pierrard.

Les entreprises prennent elles-mêmes les devants

"Qu'il y ait un problème avec le recrutement des profils néerlandophones à Bruxelles, nous ne pouvons pas nier. Il faut encadrer cela dans une perspective plus large", explique Jan De Brabanter, Secrétaire Général de l’organisation des employeurs bruxellois BECI.

"Tout d’abord, il y a une inadéquation entre l'offre et la demande sur le marché du travail à Bruxelles. Avec environ 750 000 emplois, il y a numériquement assez d’emplois pour la population locale. La moitié d'entre eux sont occupés par des navetteurs et tant les compétences que les formations ne sont pas assez présentes chez les demandeurs d'emploi bruxellois", poursuit Jan De Brabanter.

En plus du taux d'emploi élevé, il y a, selon lui, un taux de chômage de près de 18%. Auprès des tranches d’âge les plus jeunes, le taux de chômage est supérieur à 25% et, dans certaines régions, il avoisine même les 50% . "Environ 100.000 personnes ne trouvent pas de travail à Bruxelles. Les compétences linguistiques des demandeurs d'emploi sont souvent trop faibles."

Mobilité

Les entreprises bruxelloises ne voient pas d’un bon œil le fait de perdre des employés potentiels à cause de problèmes de mobilité. "Elles prennent donc des initiatives et élaborent des plans de mobilité en coopération avec les compagnies de taxi et Uber, utilisent des applications de mobilité innovantes et mettent en avant les transports en commun et d'autres moyens de déplacement", explique-t-il.

"Nous remarquons que les solutions en matière de mobilité proviennent souvent des entreprises et non du gouvernement. Nous attendons des autorités qu’elles réfléchissent avec nous afin de créer un climat de travail favorable. Sinon, il y a un risque que les entreprises s’éloignent définitivement de Bruxelles", conclut Jan De Brabanter.

(eh/jy/bv) 

Plus d'info ICT , Jobs d'avenir , Lieu de travail , Détente

19/05/2017