Une multinationale met l'accent sur l'émancipation et le progrès des femmes

"En quelques années, j'ai accédé à un poste de direction. Entretemps, j'ai eu deux petites filles" (Aurélie Denayer, directrice marketing chez Mars Belgique).

Les femmes jouent un rôle important dans notre société et continueront à le faire. Malheureusement, elles sont encore trop souvent sous-estimées. Une multinationale mondiale comme Mars souhaite changer les choses, et ce des plantations de cacao en Côte d'Ivoire au management en Belgique.

Les femmes effectuent deux tiers de toutes les heures de travail prestées dans le monde. La moitié de la nourriture qui arrive dans nos assiettes, que ce soit en Belgique ou en Australie, est produite par des femmes. Et pourtant, elles ne gagnent actuellement que 10% des revenus mondiaux et possèdent moins de 1% de tous les biens mondiaux.

Certaines entreprises veulent changer les choses. Un acteur mondial comme Mars, connu pour ses marques M&M’s, Whiskas et Uncle Ben’s, souhaite mettre en place une politique avant-gardiste. Pour ce faire, diverses initiatives émancipatrices pour les femmes sont développées et réparties sur l'ensemble de la chaîne alimentaire.

Fonction élevée et vie de famille

Victoria Mars - issue de la quatrième génération de la famille Mars et ancienne présidente du conseil d'administration - est la première à défendre les droits des femmes. Selon elle, tous les employés méritent d'être appréciés et valorisés. "Ma passion se porte sur l'émancipation des femmes. Si nous pouvons donner un coup de pouce supplémentaire à leur carrière, nous le ferons sans hésiter."

Aurélie Denayer, directrice marketing chez Mars Belgique, est parfaitement d'accord. "En quelques années, j'ai accédé à un poste de direction. Entretemps, j'ai eu deux petites filles qui ont aujourd'hui quatre et sept ans. Pour combiner parfaitement le travail et la vie privée, une certaine flexibilité est nécessaire. Si je veux conduire mes enfants à l’école le matin ou si un spectacle est organisé par l’école le vendredi et que je veux le voir, on me laisse le faire. Je n'ai jamais eu à choisir entre une fonction élevée et une vie de famille. Je mentirais en disant que c'est toujours facile. Cela nécessite beaucoup d’organisation. En pouvant travailler depuis la maison et avec des horaires flexibles, je pense que les femmes peuvent arriver aussi loin que les hommes sans sacrifices supplémentaires", conclut-elle. "Je ne peux que conseiller à toutes les femmes qui ont des doutes d'aller de l'avant et de foncer. Avec un bon réseau et une certaine organisation, vous y arriverez. Enfin, même si cela vous gêne au départ, n’hésitez surtout pas à oser demander de l'aide."

Lien avec la pauvreté

L'aide est nécessaire quand il s'agit d'émancipation. Dans le monde entier, il y a encore énormément de travail à faire. Le 'Plan de Mars pour une planète durable', axé sur les défis climatiques, la pauvreté et les droits des femmes, est une première étape. Une partie du projet consiste à placer les femmes à des positions professionnelles plus importantes. Inge Jacobs, experte en genre travaillant chez Mars, vit actuellement en Côte d'Ivoire et est active au sein d’un programme visant à renforcer le pouvoir des femmes et à les rendre autonomes.

Il y a un lien étroit entre la pauvreté, les droits de l'homme et l'émancipation des femmes, souligne Inge Jacobs. "Le programme contient un certain nombre de méthodologies pour soutenir les agriculteurs et leurs familles. Dans le secteur du cacao, les femmes accomplissent environ 40% du travail. Elle font beaucoup mais ne sont pas ou peu payées. Elles ne sont pas invitées à assister à des formation ou à prendre des décisions. Toutes les questions d'argent sont entre les mains des hommes", explique-t-elle. "L'expérience montre que, lorsque vous impliquez des femmes dans des décisions, la productivité et l'efficacité du travail augmentent tout comme la prospérité de leurs familles. Après tout, la femme apporte aussi de la nourriture sur la table et envoie les enfants à l'école."

Microbanque

Comment changer ces traditions ancrées depuis des années ? "Ce n'est pas facile au début. Il est ici question de petits villages où les hommes (plus âgés) ont souvent le pouvoir. Ils ne nous voient pas toujours d’un bon œil avec nos revendications féminines. Mais l'égalité est une affaire de femmes et d'hommes. Nous organisons des formations pour les femmes à des heures leur permettant de combiner leur emploi du temps à leur ville de famille et à des endroits où elles peuvent se rendre facilement."

"Ensuite, nous contribuons à un programme (Village Savings and Loans Groups) où des groupes d'hommes et de femmes économisent de petites sommes d'argent dans un pot commun. Les dépenses peuvent être effectuées à partir de cette cagnotte. Vu que les systèmes bancaires sont inexistants dans les villages reculés où le cacao est cultivé, il est très difficile pour les agriculteurs d'obtenir un prêt nécessaire à l’entretien de leur famille ou de leur plantation. Cette méthodologie leur donne l'opportunité d'investir des sommes plus importantes dans leur propre entreprise et d'apprendre à gérer de l'argent. Nous organisons aussi des groupes de discussion où les conjoint(e)s des membres du groupe sont présent(e)s et lors lesquels nous sensibilisons les couples sur l'égalité entre les hommes et les femmes, et ce qu’il s’agisse de la prise de décision ou de la gestion budgétaire au sein de la famille." Les résultats sont assez remarquables. "Les hommes qui, au début, sont réticents aux changements donnant plus de pouvoir à leurs femmes, changent rapidement d’avis lorsqu’ils constatent que toute leur famille en récolte les bénéfices."

Sensibilité au genre

Ce sont ces petites initiatives sur le terrain qui donnent à Inge Jacobs l'énergie et la foi nécessaires pour entrevoir un avenir radieux. Elle pense notamment à l'histoire de Lucie, une mère de neuf enfants. "Dans son environnement, on dit aux hommes depuis leur enfance que les femmes sont inférieures. Grâce au programme, elle a pu travailler dans sa communauté et s’y est petit à petit fait sa place en gérant son propre lopin de terre. Auparavant, Lucie et son mari travaillaient dans les plantations de cacao mais il était le seul qui savait combien de cacao avait été récolté et la façon dont il fallait le faire. Aujourd'hui, Lucie sait comment fonctionne une entreprise et elle s’occupe des tâches administratives. Son mari est devenu beaucoup plus sensible aux genres."

Inge en Lucie

"En peu de temps, ils ont pu acheter un système d'énergie solaire, une télévision et un kit d’éclairage. Maintenant, leurs enfants peuvent faire leurs devoirs à la maison. Elle éduque aussi ses enfants en les sensibilisant à l’égalité des sexes. En Côte d’Ivoire, aller chercher de l’eau est normalement un travail destiné aux femmes. Ses trois garçons vont chercher leur propre eau afin que les femmes ne doivent pas le faire pour eux. Lucie voit petit à petit les choses évoluer dans sa famille et dans son village. C’est en agissant de la sorte qu’il est possible de changer les traditions de genre à travers les générations, renforcer la position des femmes et stimuler la prospérité générale."

Changer des vies

Il y a encore des défis pour lesquels les solutions ne coulent pas de source. L'analphabétisme et l'inégalité au sein de différents groupes ethniques et religieux en font partie. "Le désavantage des femmes par rapport aux hommes dans l'éducation est également un problème. 95% des femmes des groupes auxquels nous rendons visite ne savent ni lire ni écrire alors que la plupart des hommes ont quelques années d’enseignement derrière eux. La méthodologie 'Village Savings and loans' a été développée pour les personnes qui ne savent ni lire, ni écrire. Elle stimule la mémoire et les caractères spéciaux mais il y a moyen de faire encore mieux en investissant dans l'éducation, tant pour les enfants que pour les adultes. Tout changement est un processus qui demande du temps mais, plus la base est forte, plus il sera durable."

(eh)

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07/12/2017