Un nouveau contrat social à la place du CDI ?

En Belgique, 90% des embauches ne se font plus en CDI. Devons-nous dire adieu au bon vieux contrat d’emploi nous faisant encore croire à la sécurité ? Pourquoi la "flexsécurité" a-t-elle tant de mal à devenir réalité ?

Métro-boulot-dodo, un scenario devenu obsolète ? Tel est le cas de la moitié des salariés français. En effet, la norme 9 to 5 n’en est plus une : le modèle "1 vie = 1 emploi" faisant bientôt partie du passé, l’équation devient désormais "1 vie = plusieurs jobs = plusieurs familles". Avec la dématérialisation et la déspatialisation du travail, de nouvelles formes de collaboration font leur apparition. Elles impactent le lieu, le temps, l’organisation, mais aussi les contrats de travail. Avant, l’individu s’adaptait à son employeur. De nos jours, c'est bel et bien l’emploi qui se construit à partir de l’individu.

Fin du contrat à durée indéterminée ?

Depuis 2012, 90% des embauches en Belgique ne se font déjà plus sous forme de CDI. Les temps partiels concernent 46% de la population active aux Pays-Bas, et l'on dénombre près de 35 contrats de travail différents en Belgique.

Denis Pennel a écrit un ouvrage intitulé "Travailler pour soi" et y mentionne que le contrat à durée indéterminée arrive à ses limites. Selon lui, nous avons atteint le point culminant du salariat dans nos économies développées.

Il prouve ses dires par des données chiffrées, mais également par la modification des relations de travail et la perte de puissance de l'organisation hiérarchique au profit du mode collaboratif. En effet, les bureaux ne sont plus des lieux de travail mais bien de rencontre. Les horaires sont également de plus en plus flexibles : deux Français sur trois ont des horaires atypiques. Les collègues sont amenés à tisser des liens "à distance" et ne se rencontrent plus physiquement, et enfin les parcours de carrière sont propres à chaque individu.

Nouveau contrat social

Nous observons une raréfaction de la carrière classique où une vie se résumait à un seul et unique emploi. Un CDI suivi de quelques incidents de parcours entraînent à présent une alternance entre des périodes d'activité et de recherche d'emploi ou de chômage. La fin de carrière s'axe autour d'une activité d'indépendant pour compléter une pension bien trop maigre et partager son expertise.

De nos jours, le travail indépendant se fait de plus en plus important et compte 15% d'adeptes. Aux Etats-Unis, ce pourcentage oscille entre 20 et 25 %.

De nouvelles professions font également leur apparition et des activités parallèles se développent. Certains se considèrent comme "auto-entrepreneurs", d'autres sont à la fois employés dans un bureau d'architecture la journée et professeurs de yoga le soir.

La tendance est à la recherche de liberté, d’autonomie et de responsabilités, mais un équilibre doit cependant être trouvé et celui-ci est loin d'être évident.

Pour Denis Pennel, il est primordial de protéger l’individu plutôt que l’emploi qui n’est de toute façon plus garanti à vie.

Si le travailleur prend désormais les commandes de sa carrière, comment réconcilier le collectif (l’objet social et l’activité de l’entreprise, les objectifs pour l’actionnaire) et l’individuel (les besoins et les goûts du travailleur) ? Comment réconcilier la flexibilité (travailler en tout lieu, à tout moment, d’une nouvelle façon, dans une entreprise dont les frontières n'existent plus ou pour plusieurs employeurs à la fois) et la sécurité ?

S’il semble qu’un nouveau contrat doive faire son apparition, à quoi devrait-il ressembler ? Une solution pour assurer une certaine forme de sécurité consisterait à développer la "portabilité des droits", ou les droits que l’on emmène d’un emploi à l’autre dans son "boîte à outils". En d’autres termes, pour Denis Pennel, le travailleur constituerait au fil de ses années d’activité, peu importe l’employeur ou le statut, des droits à la sécurité sociale, à la pension, à la formation, etc. Après un certain nombre d'années, il pourrait par exemple bénéficier de quelques jours pour se former dans le domaine de son choix.

Utopie? Tout le système devrait bien sûr être repensé. Selon Denis Pennel, l'existence des agences d'intérim permet de capitaliser les droits à la sécurité sociale de l’intérimaire inscrit dans son agence au fil des missions qu’il exerce d’un employeur à l’autre.

La flexsécurité, un concept mort-né ?

Pour François Pichault (HEC Management School - Université de Liège), auparavant, en échange de ce que nous sacrifiions au travail (notre temps, notre personnalité, parfois notre santé), nous bénéficiions de sécurité et de stabilité. Aujourd’hui, nous n’avons plus la garantie d’emploi et devons toujours payer pour notre pension, nos impôts, la mutuelle, de manière à pouvoir faire face à des situations inattendues.

La flexibilité qui semble s’imposer devrait au moins être assortie d’une forme de sécurité. Nous en sommes actuellement loin du compte : les tentatives pour offrir un certain niveau de sécurité se soldent par un retour à la flexibilité pure. Les lois ne sont pour ainsi dire pas encore prêtes à cela.

Le groupement d’employeurs permet par exemple d’engager des travailleurs expérimentés pendant une durée déterminée sur le projet de l’un avant d’allouer la ressource à un autre employeur. Mais la législation dans le domaine est encore bien trop restrictive que pour pouvoir avancer comme il se doit.

(EH) (SC) 

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20/08/2014