Seule une femme sur dix considère qu’il y a des inégalités salariales dans son entreprise

Un salaire pour les hommes 22% supérieur à celui de leurs homologues féminines, des femmes ne formant que 21% des décideurs interrogés, dont une sur dix seulement pense qu’il y a inégalité salariale. La réalité est une chose, la perception peut être tout autre. Explications…

La dernière étude réalisée par Deloitte et Nomination auprès de 5475 décideurs d'entreprises françaises relève effectivement un écart de traitement : le salaire des hommes dépasserait de 22% celui des femmes. Ce qui revient tout de même à dire que sur 12 mois de salaire octroyés à un homme par année de travail, une femme n’en recevrait que 9.

Etrange alors de constater que la même étude, malgré cet écart notable, émettrait la conclusion suivante : « à poste comparable, les niveaux de rémunération entre hommes et femmes sont en général assez proches ». Tout aussi remarquable, la perception par femmes : seuls 10% estimeraient que cette inégalité de traitement est réelle. Les chiffres officiels (1) confirment bien la réalité de cet écart de rémunération au détriment des femmes.

Plusieurs biais

Curieusement, parler salaire reste tabou : un cinquième seulement dévoilerait leur rémunération. Par ailleurs, l’échantillon des personnes interviewées dans le cadre de l’étude, composée de décideurs comprendrait 84% d’hommes, ce qui laisse peu de place aux candidates féminines, y compris pour faire le poids lorsqu’elles se prononcent dans de telles enquêtes. Si l’étude ne relève que peu d’inégalités salariales, il en ressort beaucoup d’inégalités dans les niveaux de responsabilité.

Plus de 6 femmes sur 10 occupent plutôt des fonctions support (DRH, Communication, Marketing, ...) quand 6 hommes sur 10 eux sont dans des fonctions plus reconnues et mieux rémunérées de Directions Commerciales ou Générales.

Où le bât blesse-t-il ?

Le problème de l’accès aux postes plus élevés se situerait dans le choix des études selon les enquêteurs davantage : 27% des hommes choisissent une formation d’ingénieur, elles ne sont que 6% de femmes à leur emboîter le pas dans cette vocation. Un tel argument suffit-il à tout expliquer si l’on sait que l’école de commerce qui reste le 2ème pourvoyeur de décideurs affiche une part identique entre hommes et femmes ? Les formations seraient aujourd’hui plus féminisées et la mobilité encouragée, ce qui tendrait à aligner les niveaux de rémunération, entend-on encore dans le contexte de l’étude.

Vision différente ?

Mais que veut la femme ? Eh bien, plus ou moins la même chose qu’un homme puisque l’on apprend que l’un et l’autre cherchent un meilleur équilibre vie privée / vie professionnelle. Plus de 40% tant des hommes que des femmes placent ce critère en seconde position de leurs attentes.

Si l’on creuse un peu, des différences apparaissent notamment dans l’attitude face à l’argent. Pour 43% des hommes (contre 31% des femmes), la rémunération (salaire + avantages extralégaux) est la priorité et leur permet de concurrencer leurs pairs, tandis que la femme fera d’abord passer le contenu de la fonction (compétences, responsabilités…) et l’équilibre vie/travail (flexibilité, temps libre…).

Plafond de verre ?

Il semble avoir la vie dure. Le défi est de placer des femmes à des postes à même niveau de responsabilité et de reconnaître leurs performances à leur juste valeur.

(1) Notamment ceux l’INSEE pour la France. En Belgique, selon le dernier rapport publié par SPF Economie, l’écart salarial s’élève à 22%.

(sc) – Sources : deloitte.com, blog-emploi.fr - Image : Institut pour l'égalité des femmes et des hommes

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20/09/2012