Réorientation professionnelle à 60 ans : les seniors tiennent bien la route

'Je prends encore toujours le volant à 6h30 et rentre chez moi vers 20h.' (Frans Temmerman, Securex)

Frans Temmerman (61ans) prouve qu'il n’y a pas d’âge pour réorienter sa carrière. Agé de 60 ans, il se vit offrir un nouvel emploi et non des moindres : Directeur IT chez le prestataire de services RH Securex. Sa force au travail et son expérience sont encore aussi intenses qu’il y a 30 ans. 'Non, je n’aspire toujours pas à ma pension.'

Il y a 18 mois un chasseur de tête frappa à la porte de Frans Temmerman : le poste de Directeur IT chez Securex serait-il de nature à l’intéresser ? L’ingénieur commercial, alors âgé de 60 ans, ne réfléchit pas bien longtemps. 'J’ai travaillé auparavant sur un projet pour GDF Suez à Paris alors que j’habitais en Belgique avec ma famille. Cela m’obligeait à faire tous les jours la navette entre Roulers et Paris. Un beau jour, je me suis posé la question suivante "mais qu’est-ce qu’il t’arrive ?". L'opportunité chez Securex vint donc à point nommé.'


Temmerman se demande encore pourquoi le chasseur de tête est venu vers lui. 'Je me demande d'ailleurs pourquoi ils m'ont choisi, mais je ne suis pas curieux de nature (sourire). Il devait bien y avoir des raisons, n’est-ce pas ?' La réponse lui fut communiquée un peu plus tard au travers du communiqué de presse que Securex envoya fièrement à ses collaborateurs suite à son entrée en service. 'Frans apporte à Securex son expertise et toute son expérience du secteur IT.'

Bagage

L’expérience, voilà le mot clé chez les seniors. Temmerman s’est aussi construit un beau bagage de dimension internationale. Il a fait sa carrière chez Solvay, Atlas Copco et ING. Ensuite, il a travaillé comme manager chez GDF Suez, Xerox et Siemens-Atos. Cette expertise accumulée, il peut aujourd’hui l'exploiter chez Securex. 'Le développement de l’environnement IT est ici une tâche très complexe, parce que Securex est une entreprise de grande taille et très diversifiée. Je prévois déjà les résultats futurs. Je suis à la bonne place, je sais que le déprtement IT peut être guidé dans la bonne direction. J’ai déjà affronté certaines situations tout au long de ma carrière, cela aide.'


Il estime lui-même qu’il est aujourd’hui un autre travailleur qu’il y a 30 ans. 'Oui, j’ai bien évolué. Je me suis juste un peu calmé au fil des années. Vous apprenez à poser les choses. Mais les défis ne sont pas si différents. Je suis très orienté vers le groupe. Si quelqu’un fait des dégâts ou dépasse les bornes, je me saisis de l’affaire. Je trouvais déjà cela important auparavant. En fait, l’essentiel de mon mode de pensée est resté le même que celui de mes 25 ans.'

Succession

Frans Temmerman est à présent âgé de 61 ans. Combien de temps restera-t-il encore à son poste ? 'Tant que je peux être une valeur ajoutée pour l’entreprise. Si j’y trouve du plaisir, je ne vois pas de raison d’arrêter de travailler. Je ne décompte pas les jours qui me séparent de ma retraite.' Même s’il prépare activement sa transmission. 'Je trouve important que chaque figure clé de l’entreprise ait un candidat successeur qui reste momentanément dans l’ombre. En cas de problème, quelqu’un doit pouvoir prendre immédiatement le relais. Oui, j’ai déjà quelqu’un en vue pour me succéder.'


Il n’est pas le seul de plus de 60 ans à prendre son travail à cœur. Beaucoup continuent à travailler après leur pension, pensons à Jo Cornu (70ans) la figure emblématique de la SNCB ou Paul De Grauwe (68ans), professeur à la London School of Economics.


Je travaille encore plus intensément qu’avant. Tous les jours, je suis au volant à 6h30 et ne suis de retour chez moi que vers 20h. Je ne compte pas mes heures et n’hésite pas à achever un dossier le dimanche.' Plus vite fatigué ? Non, selon les dires du CEO. 'Les seniors sont comme des diesels : ils démarrent lentement mais peuvent tenir dans la durée. Il n’y a plus d’explosion qui se produit mais ils tiennent très bien la route (rires).'

Que pense un + de 60 ans des thèmes actuels comme...

La prépension ? 

Il y a beaucoup à dire sur cette thématique. Le gouvernement estime que le prépensionné doit rester disponible pour le marché du travail, mais les syndicats ne sont pas très compréhensifs à ce sujet.'


Selon Frans Temmerman, c’est un non-débat : 'J’ai connu des travailleurs de chez Renault Vilvoorde qui ont été envoyés en prépension à l'âge de 52 ans. C’est un vrai drame. Pour moi, ce n’est pas la solution. Les employeurs doivent trouver d’autres méthodes pour garder leurs seniors actifs. Prenons l’exemple de l’entreprise scandinave Atlas Copco : des travailleurs âgés reçoivent des missions extérieures en tant que coach ou conseiller. C’est une sorte de porte de sortie, la suite naturelle d’un travail effectué depuis des années et dans lequel ils excellaient.


Ancienneté de salaire ? 

Les seniors coûtent plus cher que leurs cadets. Pour ces raisons, ils ne sont souvent pas sélectionnés par les recruteurs.


'J'ai découvert que l’âge était un point bloquant lors du recrutement', ajoute Frans Temmerman. 'J’ai entendu dans une série d’entreprises que je coûtais visiblement trop cher, sans même connaître mes exigences salariales. En effet, j'ai quelques fois changé d’emploi sans exiger un salaire supérieur.'


'Auparavant, il était établi qu’une personne autour des 40 ans gagnait le plus, pour ensuite voir sa situation diminuer progressivement. C’est la manière de rendre les seniors plus attractifs en Belgique, mais il est difficile de changer les mentalités en matière d’ancienneté salariale. Enfin, beaucoup de 50 + ont encore des enfants en âge d’aller à l’école, ce qui rend les diminutions salariales encore moins acceptables.'


(EH) (SC) Photo : (im) – Source : MARK Magazine 

Plus d'info Les plus de 50 ans

06/03/2018