Les patrons sont-ils de véritables despotes ?

De nos jours, près de 30 pour cent des travailleurs belges sont confrontés à des comportements indésirables au travail. En général, les employés indiquent que leurs managers pratiquent l'intimidation, la discrimination ou encore le harcèlement sexuel. Les patrons sont-ils de véritables despotes ?

30 janvier 2018

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Bucky Laplasse, un acteur de la série télévisée flamande 'Het Eiland', est l'exemple parfait du patron au comportement insupportable. En réalité, les managers n'ont souvent aucune idée de la manière dont ils doivent traiter des comportements intimidants au sein de leurs départements.

Les chiffres ont été récemment publiés par le service RH Securex qui a effectué deux années d'études au sujet de l'intimidation en milieu de travail. Pour ce faire, 1.754 employés ont été interrogés.

L'intimidation n'est qu'une forme de comportement indésirable. Il en existe bien d'autres telles la discrimination, les avances à caractère sexuel ou les agressions physiques sur le lieu de travail. Ces dernières sont d'ailleurs les plus fréquentes : 19% des travailleurs en sont victimes tandis que 14% avouent être intimidés ou discriminés. Enfin, 2% des répondants doivent faire face à du harcèlement sexuel.

1. La pression au travail comme cause principale

Il s'agit surtout de l'intimidation au travail qui augmente. Le nombre de travailleurs devant y faire face a augmenté de 35% par rapport à il y a deux ans. Cela s'explique en partie par le pression au travail et le stress. "L'impact des dernières tendances comme le télétravail et l'utilisation de plus en plus intensive des médias sociaux ne doit pas être sous-estimé", explique Heidi Verlinden, experte en recherches RH chez Securex. "Les employés parlent de moins en moins entre eux, ont plus de mal à résoudre leurs conflits et passent tout simplement moins de temps ensemble."

Et pourtant, en cas de comportement indésirable, tout reste une question de perception. Que ressent exactement l'employé concerné ? "Il est question d'intimidations que les travailleurs définissent par eux-mêmes en fonction de leur expérience. Il ne s'agit pas toujours de comportement indésirable à l'égard de la loi", précise Heidi Verlinden de Securex.

2. Pas toujours le patron

Il apparaît clairement que les victimes connaissent l'origine de ces attitudes indésirables. Dans 64% des cas, le patron ou le manager est identifié comme instigateur. Dans 30% des cas, il s'agit d'un collègue de travail et, dans 36% de cas, d'une personne extérieure à l'entreprise.

Pendant de nombreuses années, les dirigeants étaient montrés du doigt dans toutes les études. Et pourtant, les patrons sons de moins en moins des despotes. Il s'agit surtout d'une question d'autorité. Le fait que les employés montrent leur patron comme coupable apparaît dans de nombreux cas par sentiment d'impuissance totale. "Ils veulent prouver que l'employeur est au courant de la situation depuis bien longtemps mais qu'il ne fait rien pour améliorer les choses", explique Eva Praet, senior consultant Health & Safety chez Securex. "Le fait que rien ne se passe ne part pas d'une intention malveillante ou d'un manque de volonté mais plutôt un manque de compétences, de capacités et de perspicacité pour résoudre les conflits."

3. Peu de plaintes officielles

Etre victime de harcèlement est une chose, s'en plaindre en est une autre. "Sur 100 victimes, moins d'1% ira se plaindre à un service externe. Le nombre de travailleurs disant être victimes de comportements indésirables augmente deux fois plus vite que le nombre d'employés décidant de porter plainte à ce sujet. Il y a donc une insatisfaction croissante au niveau des relations au travail, ce qui ne se traduit pas pour autant par une augmentation du nombre de plaintes", constate-t-elle.

Le fait que les employés ne portent pas plainte des abus dont ils sont victimes peut s'expliquer par diverses raisons. "Soit une personne de confiance a traité la plainte avec succès et de façon informelle au sein de l'entreprise, soit la situation spécifique ne répond pas à la définition du harcèlement tel que la loi le définit", poursuit l'expert en ressources humaines. "Enfin, l'employé peut très bien avoir gardé le silence en évitant de consulter la personne de confiance de l'entreprise parce qu'il ne veut pas, n'ose pas ou n'est pas au courant de telles possibilités."

4. Plus intimidé, plus absent

Un comportement inapproprié sur le lieu de travail n'est pas sans conséquences. Les employés qui sont victimes d'intimidations, de discriminations ou d'agressions physiques sont deux à trois fois plus susceptibles d'être absents pendant plus d'un mois que les travailleurs qui ne le sont pas. De plus, les personnes confrontées à des comportements inacceptables sont moins en mesure de travailler durant de longues périodes d'affilée.

Il est donc conseillé aux employeurs de passer à l'action. "Rendez les managers et les employés plus compétents en matière de gestion de conflits et de comportements indésirables. Il est important de régler les frustrations et disputes le plus rapidement possible avant que la situation ne dégénère", suggère Heidi Verlinden. "Encouragez vos employés à faire appel à le personne de confiance de l'entreprise ou à consulter un conseiller en prévention, que ce soit en interne ou en externe."

5. La culture d'entreprise est cruciale

Enfin, l'intimidation et le harcèlement sont également liés à la culture d'entreprise qui attache ou non de l'importance aux éléments tels que la justice, l'autonomie et la confiance. "Montrez clairement d'entrée de jeu que vous ne tolérerez aucun comportement inapproprié et tenez-vous-en. De fait, ne pas intervenir est similaire à approuver de telles pratiques", conclut Heidi Verlinden.

(eh/jy) – Photo : VRT Phile Deprez

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