Le salaire des patrons n’est pas lié à leur talent

Les travailleurs mettent souvent en doute le rapport entre le salaire et les compétences de leur patron. Une étude justifie désormais leurs soupçons.

Les membres du personnel se posent souvent la question suivante : que font leurs supérieurs de mieux qu’eux pour justifier leur plantureux salaire ? Une étude de l’Economic Policy Institute de Washington explique que le salaire des CEO n’est pas nécessairement proportionnel à leurs talents ou à leurs prestations. Cette théorie fait suite à l'analyse de 350 entreprises américaines cotées en bourse.

Inégalité

Les enquêteurs s’en rendent vite compte, le salaire du CEO moyen pourrait facilement être réduit de moitié sans mettre en danger la croissance économique ou la productivité de son entreprise. En effet, les hauts salaires mènent à une inégalité toujours grandissante, ce qui est en soi une menace pour la croissance économique du Fonds Monétaire International (FMI).


"Les CEO peuvent encore toujours compter sur de fortes augmentations salariales alors que la plupart des autres collaborateurs américains doivent se contenter d'une stagnation de leur rémunération", déclarent les enquêteurs Lawrence Mishel et Alyssa Davis. Voilà ce qui engendre l’inégalité croissante, mais cela ne se base pas sur les prestations et ne semble pas non plus tenir compte du talent.

Multiple

L’étude montre qu’un CEO américain perçoit en moyenne un salaire annuel de 16,3 millions de dollars (+- 14,8 millions d’euros). Un montant quelque 303,4 fois plus haut que le salaire d’un collaborateur moyen.


"C’est une augmentation de 244,7% par rapport au milieu des années 60. Les patrons gagnaient alors 20 fois plus qu’un travailleur lambda", indiquent les enquêteurs. Pourtant, l’inégalité a parfois été encore plus importante. A la fin des années 90 et au début des années 2000, les CEO pouvaient gagner 376 fois plus qu’un travailleur moyen. Un pic absolu. Selon l’enquête et les calculs de Mishel et Davis, le fossé s’est surtout rapidement creusé depuis la seconde moitié des années 70. Le package salarial des hauts responsables a augmenté de 997% alors que le travailleur moyen pendant la même période bénéficiait à peine d’une hausse de salaire de 10,9%.

Adeptes

Le système des hauts salaires a pourtant ses adeptes. Les défenseurs des grosses indemnités prétendent que les rémunérations sont le reflet de la demande du marché pour les compétences de top manager. Ils ajoutent que les indemnités des autres experts ont aussi augmenté dans la dernière décennie parce que la demande de tels services a continué à progresser.


Mishel et Davis réfutent ce point en argumentant que les indemnités des CEO ont progressé bien plus vite que les compensations distribuées aux autres hauts salaires. Dans les catégories salariales les plus élevées (le 0,1% supérieur), les exécutives gagneraient près de 6 fois plus que les autres secteurs.


"Cela indique que la rémunération de l’executive représente plus que la valeur de marché de ses compétences", concluent Mishel en Davis. "Une part claire de l’indemnité de l’executive n’a donc aucune base économique."


(eh/sc) Source : Express.be 

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02/09/2015