La preuve que vous méritez cette augmentation depuis longtemps

Il est surprenant de constater que, depuis quelques années, il est de moins en moins question d'augmentation salariale. Néanmoins, nous la méritons depuis longtemps et il n'est pas question de parler de suicide économique. Que du contraire.

19 mai 2015

Partager

"De manière générale, les pays aux salaires élevés sont aussi des pays très compétitifs. Des salaires conséquents ne sont donc pas un obstacle pour la concurrence, ils la favorisent", explique le professeur Paul De Grauwe dans son livre 'Les limites du marché'. Envisager les augmentations salariales uniquement comme un coût et estimer que celui-ci doit être maintenu au plus bas n’est pas ce qui nous sortira de la crise.

Pessimisme permanent

Les autorités orientées sur la diminution des dépenses ont tendance à l'oublier, il y a également un effet psychologique résultant de cette atmosphère remplie de mauvaises nouvelles. Nos comptes doivent bien évidemment être tenus à l’œil, personne ne le contestera. En revanche, la crise financière persistante, le discours de réduction de frais qui y est couplé ainsi que la modération des salaires évoquée par les autorités incitent tant les entreprises que consommateurs à ne plus avoir confiance en l’avenir.


Ce pessimisme a pour principal effet que de nombreuses entreprises n’investissent pas ou très peu. Les consommateurs pessimistes continuent à épargner en dépit de taux d’intérêt planchers. Il en est de même du côté des entreprises. Tant que celles-ci resteront pessimistes, personne n’investira ni ne consommera. Ce n’est qu’en retournant cette situation que nous pourrons sortir de la crise. Pour cela, les autorités doivent investir et faire preuve d’optimisme. En résumé, elles doivent faire autre chose que de garder un œil sur le budget et d’imposer la modération salariale.


"Tous les deux ans dans notre pays, les partenaires sociaux négocient afin qu’une norme salariale centrale puisse être fixée dans l’accord interprofessionnel (IPA). Cette fois-ci, les pourparlers se sont déroulés sous des auspices difficiles, étant donné l’acharnement du gouvernement à se conformer au saut d’index" écrit Olivier Pintelon dans son billet d’humeur publié dans le Knack.


"Finalement, les employeurs et certains syndicats sont tombés d’accord sur une augmentation salariale brute d’environ 0,37%, et ce en plus de certaines hausses de salaire nettes (dont le passage des chèques repas de 7 à 8 euros). Il est surprenant de constater que, depuis quelques années, il est des moins en moins question d'augmentation salariale. Le plus récent contre-exemple était l’accord interprofessionnel de 2009-2010 fixant la hausse des chèques repas et des écochèques."

Les salaires ne sont pas à considérer comme un simple coût

Est-ce la bonne stratégie ? "Petit rappel historique, revenons à la Suède du début des années 50. A l’époque, deux économistes renommés Gösta Rehn et Rudolf Meidner établirent la base d’une théorie qui devint des années durant le fondement de la politique salariale dans différents états providence de l’Europe de l’Ouest" poursuit Olivier Pintelon.


"Depuis les années 90, le marché du travail suédois est piloté sur base de leurs principes. Les thèses centralistes résonnent comme une totale abnégation des mantra néolibéraux entendus depuis des décennies. Les salaires ne sont pas à considérer comme de simples frais mais plutôt comme les moteurs de la question macroéconomique et de la redistribution. Une politique salariale centraliste doit veiller à ce que les salaires gardent une tendance égale à la hausse de productivité."


Cependant, pour des raisons divergentes, les salaires n’ont pas grandi parallèlement à la productivité dans la plupart des pays occidentaux. Une de ces raisons est le discours centré sur les réductions de dépenses, élément fort médiatisé pendant la crise financière.

 

Arbeid vs Verloning

Source : express.be 


"Le modèle Rehn-Meidner consiste en une spirale positive où la productivité croissante fait augmenter les salaires, à la suite de quoi le coût salarial se traduit en une hausse de productivité. En cas de coût salarial supérieur, les entreprises sont en effet obligées d’innover. La main d’œuvre onéreuse n’est pas considérée comme un fléau mais comme le résultat d’une politique volontaire. Une fixation des salaires solidaire et centrale évite aussi une trop grande inégalité de traitements. Dans les années 80, les travailleurs ont même fait l’expérience d’être payés aux bénéfices de manière conséquente", détaille Olivier Pintelon.


"Le modèle Rehn-Meidner est-il obsolète ? Non ou du moins pas complètement. Même les économistes actuels, dont notamment Alfred Kleinknecht et Paul De Grauwe, considèrent la modération salariale comme un frein à l’innovation."


En outre, le paradoxe de Kaldor (ou paradoxe des coûts) est toujours d’application aujourd’hui. L’économiste du même nom constate que les pays accusant la plus grande compétitivité ont les coûts salariaux les plus élevés. La modération salariale ne semble pas engendrer d’effet nocif particulier. Une inégalité croissante porte par contre une réelle menace en elle , étant donné que la modération salariale se renforce à la base du marché du travail. Pour les talents très recherchés, il y a de nombreux échappatoires. Ils sont de facto moins liés aux barèmes officiels.


"La théorie doit aussi être actualisée. Depuis les années 70, la mise au travail a augmenté de manière spectaculaire dans le secteur des services. Le point noir a notamment glissé des secteurs dont la productivité est dictée par les machines aux services humains où la productivité augmente plus lentement, pensons aux coiffeurs ou aux puéricultrices."


"Une traduction contemporaine consisterait en une augmentation salariale réelle négociée centralement mais avec les compensations nécessaires pour les profils inférieurs du secteur des services. C’est la seule issue combinant l’égalité, l’innovation et les opportunités d’emploi", ajoute encore Olivier Pintelon.

Conclusion ?

Des augmentations salariales réelles ne sont par définition pas mauvaises pour notre économie. Tant sur le plan économique que psychologique, il y a des raisons de les accorder. Des autorités trop axées vers des réductions de frais font régner la peur parmi la population. Ce n’est que si ce pessimisme fait place à l’optimisme que les entreprises et les consommateurs se mettront à investir et à consommer, et que nous pourrons espérer sortir des ornières d’une crise perdurant depuis trop longtemps.


Cela prouve que nous méritons cette hausse de salaire depuis longtemps. Ce n’est pas une fiction. En février, l’employeur le plus important des Etats-Unis, Walmart, a promis une augmentation salariale à 500 000 travailleurs de son effectif qui en compte 1,4 million. D’autres vont suivre. Au Japon, Toyota a annoncé que la plus grande augmentation salariale de son histoire serait bientôt accordée, tout comme IG Metaal, le plus gros syndicat allemand qui a réussi à arracher une augmentation salariale de 3,4% pour quelque 800 000 de ses membres.


(EH) (SC) 

Soyez le premier à recevoir nos actus et astuces

Plus de 440.000 utilisateurs recoivent nos astuces

Jobs recommandés

Vous voulez également gagner plus, des collègues plus sympas ou moins d'embouteillage ?

Le job a été sauvegardé

Vous pouvez retrouver vos jobs sauvegardés en bas de cette page, mais également sur la page d'accueil ou dans Mon Jobat.

Pour pouvoir les consulter également sur d'autres appareils, connectez-vous.