La norme salariale a-t-elle encore du sens ?

Alexander De Croo (Open VLD) veut discuter lors des négociations pour un nouveau gouvernement de la réforme de l’index des salaires mais se bute au « niet » du PS.

Malgré la norme salariale nationale, le salaire des travailleurs belges, cette année, a plus augmenté que celui de leurs collègues des pays voisins. L’index en est une raison, que les employeurs donnent plus que la norme salariale en est une autre. La norme salariale nationale donne un pourcentage maximum à concurrence duquel les salaires belges peuvent évoluer. Ces salaires ne peuvent grimper plus vite que chez nos principaux voisins comme les Pays-Bas, l’Allemagne et la France. A présent il ressort toutefois du rapport du Conseil Central de l’Economie (CCE) sur les évolutions salariales, que l’handicap que témoignent les entreprises belges face à leurs concurrents en termes de coûts salariaux est devenu encore un peu plus important. Depuis 1998, l’année où la norme salariale a été instaurée, les salaires belges ont progressé de 4,6% en plus que ceux des pays voisins.

Le père fouettard

L’indexation automatique des salaires est le père fouettard des employeurs. L’Open VLD souhaite lors des négociations pour un nouveau gouvernement discuter de la réforme de cet index, mais se bute au « niet » du PS. Les libéraux craignent que les augmentations salariales liées à cet index ne fassent augmenter le prix des biens et des services, ce qui créera l’inflation et fera à nouveau progresser les salaires.

Le réseau d’entrepreneurs flamands Voka veut remplacer l’indexation automatique par des adaptations sur mesure par secteur et par entreprise. « Ainsi les employeurs peuvent choisir, à la place d’appliquer l’augmentation salariale, de maintenir ou de créer des emplois », explique l’Administrateur Délégué Jo Libeer. « Ou l’on pourrait utiliser le montant de l’index pour l’épargne pension complémentaire ou la formation et l’éducation. Une partie de ce nouvel index peut servir au financement du nouveau statut du travailleur. »

Contrôle renforcé

Les syndicats craignaient que l’on n’utilise à tort le rapport de la CCE sur les évolutions salariales pour contrer le mécanisme de fixation des salaires et l’index. Pour eux, c’est à la cause qu’il faut s’attaquer en premier lieu, c’est à dire l’inflation en Belgique comparée à nos voisins. Les prix élevés de l’énergie sont le point principal d’achoppement pour les syndicats. « Avec un contrôle plus strict des prix du gaz et de l’électricité, on prend le problème de l’inflation à sa source. Toucher à l’index serait particulièrement dommageable pour la confiance des consommateurs et donc viendrait miner la question en interne », entend-on chez les syndicats.

Ceux-ci se posent encore des questions sur le mécanisme de comparaison des coûts salariaux au niveau international. « Car, comment comparer un état qui essaie de protéger le pouvoir d’achat de ses travailleurs avec un pays comme l’Allemagne qui essaie d’exporter ses problèmes à coup de dumping social et surtout de dumping salarial ? » rétorquent les syndicats.

Des pommes et des poires

Jan Vanthournout, Legal Manager chez SD Worx, et Patrick Humblet, auteur du livre ‘La modération salariale et la norme salariale 2011-2012 ‘ (Loonmatiging en de loonnorm 2011-2012) s’interrogent pour d’autres raisons sur de telles comparaisons. « On mesure l’évolution des salaires nominaux, mais ne comparons-nous pas des pommes et des poires ? Aux Pays-Bas, on a par exemple deux ans de salaire garanti. Cela influence la position concurrentielle mais ne se retrouve pas dans l’augmentation des salaires nominaux. Ce que nous appelons le salaire n’est peut-être pas considéré comme tel par un autre pays ou vice versa. Nous sommes dans un véritable nœud en matière de calcul mais nous avons aussi un gros problème de perception. Une entreprise moyenne qui veut investir dans notre pays va entendre de ses conseillers qu’en Belgique, les charges sociales sur le salaire brut montent à 40%. Il y a beaucoup de réductions pour stimuler l’emploi, mais elles ne sont pas faciles à calculer et vous ne pouvez donc pas aisément les expliquer. L’enjeu est donc de communiquer plus clairement les efforts consentis. »

Les employeurs augmentent les salaires

Sur la norme salariale, Vanthournout dirait encore qu’elle n’est pas du tout claire. « Ok si cela répond à des objectifs macro-économiques, mais pour des entreprises c’est plus difficile. Elles doivent tendre vers un coût salarial moyen, alors qu’il ne peut se calculer qu’à la fin de l’année. Et que fait-on si au 31 décembre, on se rend compte que le coût salarial était trop élevé au cours de l’année ? » « Le salaire de l’un est trop haut : que doit faire l’employeur ? Vous le constatez lorsqu’il est trop tard, par définition. En plus, la norme salariale peut mettre un frein sur des rémunérations exceptionnelles consenties pour des prestations hors du commun. Lorsqu’un employeur veut offrir une rémunération attrayante, il le fait souvent au delà du coût salarial existant. Celui-ci ne peut plus beaucoup augmenter, mais lorsqu’un employeur fait plus que ce que la norme salariale autorise, cela reste de facto sans suite. Vous pouvez donc vous imaginer que les salaires ne vont pas augmenter seulement par l’indexation, mais aussi en raison du fait que les employeurs eux-mêmes veulent accorder des conditions salariales plus favorables pour gagner une meilleure place sur le marché du travail. »


(bvdb - sc) 

Plus d'info Indexation des salaires

24/11/2011