Etre de garde, à quel point est-ce épuisant ?

Le travail de garde. Toute personne travaillant dans le secteur médical ou informatique connaît bien ce phénomène. De plus en plus d'employés doivent être de garde en dehors des heures de bureau. Savez-vous à quel point ce système est épuisant pour les personnes qui le vivent au quotidien ?

Une équipe de sept chercheurs des Universités de Groningen, Amsterdam, Leiden et Munich a récemment mené une étude à ce sujet. Leur réponse est claire : les employés travaillant de garde ont besoin de plus de temps pour récupérer. En d'autres mots, ils leur faut plus de temps libre ou de jours de congé.

S'ils ne bénéficient pas de suffisamment de temps de récupération, cela les rend vulnérables, fatigués, et leur santé physique et mentale est affectée. En effet, ils sont souvent victimes de séquelles telles des insomnies ou des soucis au niveau du réveil matinal.

Anxiété, stress et mauvaise humeur

Les enquêteurs se sont posés des questions car, selon la publication de chiffres récents par l'Eurofound (ndlr. un fonds européen visant à améliorer les conditions de vie et de travail), un employé européen sur cinq doit travailler de garde.Un tel rythme de travail est typique des secteurs tournant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Les entreprises médicales ou technologiques en sont les principaux exemples.

Selon les sept scientifiques, suffisamment de recherches ont déjà été effectuées au sujet des effets négatifs des horaires et du travail de garde. "Mais pas encore au niveau des horaires de travail où les travailleurs sont en stand-by à leur domicile" précise l'étude de Hardy van de Ven, Ute Bültmann, Michiel de Looze, Wendy Koolhaas, Thomas Kantermann, Sandra Brouwer et Jac van der Klink. "Des analyses antérieures montrent déjà que le travail de garde nuit au sommeil, à la santé mentale ainsi qu'à la vie sociale. Les employés ayant des fonctions de garde sont plus susceptibles d'être victimes de stress, d'anxiété, d'irritation et de mauvaise humeur."

Plus de travail, plus d'incertitude

Ces effets négatifs concernent également les personnes étant de garde à domicile. Selon les enquêteurs, cela s'explique par le fait qu'elles travaillent plus longtemps et à des heures différentes, ce qui les rend plus vulnérables. "En plus de cela, il y a une incertitude permanente d'être appelé à tout moment. Le travailleur se retrouve chez lui en état d'alerte et doit pouvoir réagir rapidement à une situation d'urgence. Ce sentiment d'incertitude a un impact sur la façon dont les personnes conçoivent leur vie sociale et familiale."

Un individu ayant du mal à se défaire de son travail et devant en permanence lutter contre la fatigue aura besoin de plus de temps pour récupérer. Cela s'avère souvent plus difficile avec le travail de garde. "D'autres chercheurs l'ont également démontré. Un travailleur n'ayant pas suffisamment l'opportunité de récupérer doit fournir de plus gros efforts et se retrouve finalement complètement débordé. Il a plus de chance d'être fatigué à long terme et d'avoir des soucis de santé. L'absentéisme sur le lieu de travail en est la conséquence principale."

Les travailleurs les plus faibles sont les moins performants

Selon l'enquête, il existe une différence entre les travailleurs de garde qui sont appelés pendant leur service et ceux qui ne le sont pas. La première catégorie est bien plus affectée que la seconde. Une personne de garde qui n'est pas appelée aura besoin de moins de temps pour récupérer.

De plus, les travailleurs étant déjà physiquement et mentalement plus faibles seraient bien plus affectés par le travail de garde. Ils sont encore plus victimes de troubles du sommeil ou de fatigue que leur collègues en bonne santé. Les employés effectuant des efforts supplémentaires pour trouver un bon équilibre entre leur travail et leur vie privée sont aussi moins performants et, par conséquent, le travail de garde est encore plus éprouvant pour eux.

Besoin de vacances

Les enquêteurs font également part de quelques commentaires au sujet de leurs recherches. Tout d'abord au niveau de la taille de leur échantillon, l'étude a été réalisée auprès de 169 employés qui devaient travailler de garde une semaine sur quatre. "169 personnes, il s'agit d'une quantité relativement peu élevée. Lors de futures études, il peut être opportun d'organiser des recherches à plus grande échelle. En outre, nous ne savons pas la fréquence à laquelle les individus sont contactés. Ces facteurs devraient être mieux étudiés à l'avenir."

Malgré certaines objections, leurs conclusions sont relativement claires : oui, le travail de garde est plus éprouvant pour les employés qu'un travail normal. "L'hypothèse que les travailleurs de garde ont besoin de plus de temps pour récupérer est clairement confirmée."

(eh/jy) 

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11/08/2017