6 idées reçues au sujet du travail intérimaire

"A trente ans, il vaut mieux ne pas compter trente employeurs différents sur votre CV." (Herwig Muyldermans, directeur de Federgon)

La plupart des Belges préfèrent un emploi fixe et permanent. Toutefois, le travail à temps partiel n'est pas non plus exclu. Chaque année, plus d'un demi-million de travailleurs sont actifs en Belgique. Les emplois intérimaires doivent-ils être considérés comme inférieurs ? Nous réfuterons 6 malentendus persistants à ce sujet. "De tous les travailleurs intérimaires, 30 à 50 % finissent par aboutir sur un emploi permanent."

Pour vérifier ces chiffres, nous avons frappé à la porte de deux experts : un bureau de recrutement (Robert Half) ainsi qu'un syndicat (Federgon). Ceux-ci nous ont communiqué des chiffres permettant d'évaluer le travail intérimaire à sa juste valeur sans pour autant enjoliver la situation.

Idée reçue 1 : l'emploi permanent est la norme

Un 'temps plein' vous semble couler de source ? En réalité, l'emploi permanent n'apparaît pas comme une norme. Dans la dernière édition du rapport annuel mondial de l'emploi, l'Organisation Internationale du Travail (OIT) il est indiqué que seulement un quart des employés travaillent sur base d'un contrat de travail permanent.


Il n'y a que les 'vieux' pays industrialisés où le contrat de travail fixe semble être la norme. La Belgique obtient de relativement bons résultats avec un taux de 75% de contrats de travail fixes. Seuls les pays scandinaves et l'Allemagne nous dépassent dans le classement. Au niveau des autres continents, l'image est bien différente. Dans les pays émergeants ou en développement, les contrats à durée indéterminée sont uniquement réservés à un petit nombre d'employés. En Inde, le taux ne serait que de 6% tandis que la Chine ne se contenterait que de 8,5% d'employés sous CDI.

Idée reçue 2 : le travail intérimaire n'offre aucune garantie

Selon des chiffres de Federgon, il semblerait qu'environ 550 000 employés travaillent comme intérimaires dont environ 170 000 étudiants. En convertissant toutes ces données, 90 000 personnes travailleraient chaque jour selon ce régime. Cela prouve bien que ce mode de travail est intégré au marché de l'emploi d'aujourd'hui.


L'intérim offre bien plus de stabilité que vous ne pourriez le penser. Selon une enquête récente menée par Robert Half Technology, une agence spécialisée en profils administratifs et financiers, auprès de 200 gestionnaires des ressources humaines en Belgique, au Pays-Bas et au Luxembourg, il apparaît que 69% des intérimaires restent plus de 6 mois d'affilée en service.


Cela peut aller encore plus loin : grâce à l'adaptation de la législation du travail dans notre pays, les contrats temporaires offrent souvent plus de sécurité d'emploi que le traditionnel contrat à durée indéterminée. Selon Herwig Muyldermans, directeur général de Federgon, la fédération des agences de travail temporaire, "Un bon travailleur intérimaire a toujours du travail. Tout comme un bon ouvrier, employé ou travailleur indépendant, il est toujours actif. Le type de contrat n'a en lui-même que peu d'importance", explique-t-il.


Le plus important est bien l'employabilité. Votre profil est-il prisé ? Avez-vous suivi une formation actuellement en vogue sur le marché de l'emploi ? "Si vous avez par exemple étudié l'histoire, il n'y a aucune garantie à ce que vous trouviez en permanence du travail", ajoute Muyldermans.

Idée reçue 3 : aucune perspective d'emploi permanent

Les employeurs optent-ils pour des employés intérimaires pour éviter les contrats fixes ? Dans la pratique, nombreux sont les travailleurs temporaires qui bénéficient d'un contrat fixe par la suite. "De toutes les forces intérimaires, étudiants non inclus, 30 à 50% recevront une proposition d'emploi permanent", insiste Muyldermans.


Lorsqu'un travailleur compte plusieurs expériences de travail intérimaire à son actif, il est bien plus apte à choisir consciemment le contrat à durée indéterminée qui lui convient le mieux car il sait ce qu'il veut. En effet, il a une image plus claire du marché du travail ainsi que de ses propres aspirations.

Idée reçue 4 : cela ne convient pas pour le travail spécialisé

"Les forces intérimaires ne sont déployées que pour du travail d'exécutant comme par exemple les personnes qui préparent les hamburgers", voilà ce que dit le cliché. Ou du moins elles ne sont pas requises pour des fonctions nécessitant une expertise particulière. Peut-être était-ce le cas auparavant mais cela ne l'est plus. En Belgique, 29% des employés intérimaires ont fait des études supérieures et ont un diplôme de Bachelier ou de Master. Près de la moitié n'ont qu'un diplôme d'études secondaires.


C'est en partie à cause de l'offre d'emploi grandissante que les entreprises se tournent vers l'intérim pour mener à bien plusieurs projets nécessitant diverses fonctions allant de l'assistant administratif au contrôleur, du collaborateur helpdesk au gestionnaire de réseau ou encore au manager. "De nos jours, il y a une pénurie de profils spécialisés sur le marché du travail", déclare Stephan Renken, directeur de Robert Half aux Pays-Bas. "Cela permet aux travailleurs intérimaires d'occuper eux aussi des postes clés ou d'êtres actifs dans des projets spécifiques."

Idée reçue 5 : cela ne passe pas bien sur un CV

Un poste temporaire sur un CV n'est pas inférieur à un emploi permanent. Cela ressort d'une enquête récente menée auprès de 200 managers RH belges. Près de deux tiers d'entre eux considèrent les candidats ayant une expérience de travail intérimaire ou un contrat fixe de la même manière, pour autant qu'il ne soit pas question de job-hopping.


L'étude ci-dessus a été réalisée en collaboration avec Office Team, un bureau spécialisé en profils administratifs. Même si nous nous en méfions dans un premier temps, certaines conclusions valent le détour : un employé peut faire carrière par le biais du travail temporaire mais doit effectuer des choix malins. "A trente ans, il vaut mieux ne pas compter trente employeurs différents sur son CV, tout comme vous n'avez probablement pas une carrière professionnelle faite de 20 années d'intérim", admet Herwig Muyldermans de chez Federgon.


14% des professionnels en ressources humaines interrogés par OfficeTeam voient les emplois temporaires comme un désavantage sur un CV car ils pensent que les candidats ne sont pas parvenus à trouver un emploi permanent. De manière générale, la réputation du travail intérimaire reste cependant positive. "Même si les étudiants n'en ont pas une bonne image, un tel travail permet de mettre en avant le dynamisme et les valeurs des personnes qui y font appel", souligne Muyldermans.

Idée reçue 6 : vous êtes moins bien payé

On entend souvent que les personnes travaillant selon une base intérimaire soit moins bien payées que leurs collègues ayant un contrat à durée indéterminée. "C'est totalement faux. Ils sont rémunérés de la même manière", assure Muyldermans. "Nous nous occupons d'analyser les différentes commissions paritaires et regardons si l'employé à droit à des avantages tels les chèques repas ou des primes liées au travail de nuit" ajoute-t-il. "En effet, les travailleurs intérimaires y ont également tous droit."


(eh/jy) 

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12/07/2017